En ce 30 avril 2026, la République démocratique du Congo célèbre la Journée nationale de l’enseignement dans un contexte où la reconnaissance du rôle des enseignants se heurte encore à de nombreux défis structurels. Instituée pour honorer les bâtisseurs de la nation, cette journée trouve ses origines dans la convention scolaire de 1954 et s’est imposée comme un moment d’évaluation du système éducatif congolais, entre avancées politiques, notamment la gratuité de l’enseignement primaire, et réalités de terrain encore marquées par des difficultés d’encadrement, d’infrastructures et de conditions de travail.
Sous le thème de cette année consacré au financement durable et à la transformation du secteur, les autorités congolaises ont réaffirmé leur ambition de faire de l’éducation un levier central du développement. À Kinshasa, la mobilisation lancée par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a rassemblé institutions publiques, partenaires techniques et acteurs éducatifs autour des avancées réelles, mais avec défis persistants.
Dans son allocution d’ouverture des travaux, la Première ministre Judith Suminwa a rappelé que l’éducation constitue un pilier essentiel du développement durable et de la souveraineté nationale, insistant sur la nécessité d’investir davantage dans la formation des jeunes et la valorisation du métier d’enseignant. De son côté, la ministre d’État Raïssa Malu a appelé à un engagement collectif pour répondre au déficit d’infrastructures, à la formation continue des enseignants et aux inégalités d’accès, notamment pour les filles.
Derrière les discours officiels, la situation des enseignants en RDC reste marquée par des réalités contrastées. Selon les données de la Banque mondiale et de l’UNESCO (Institut de statistique), la RDC compte plusieurs centaines de milliers d’enseignants, dont une part importante évolue encore dans des conditions précaires, particulièrement dans les zones rurales où l’accès aux services de base demeure limité.
Les salaires, bien qu’ayant connu des ajustements ces dernières années dans le cadre de la politique de gratuité de l’enseignement primaire, restent jugés insuffisants par de nombreux observateurs. D’après les analyses de la Banque mondiale sur les systèmes éducatifs en Afrique subsaharienne, les rémunérations des enseignants congolais figurent parmi les plus faibles de la région, avec des disparités importantes selon les provinces et les niveaux de mécanisation des agents.
À cela s’ajoutent des retards de paiement dans certaines zones, une insuffisance de formation continue, une surcharge des classes dans les grandes villes comme Kinshasa, et un manque d’équipements pédagogiques adaptés. L’extension de la gratuité de l’enseignement primaire, qui a permis de scolariser plusieurs millions d’enfants supplémentaires selon les estimations gouvernementales et de l’UNICEF, a également accentué la pression sur le système, sans toujours être accompagnée d’un renforcement équivalent des infrastructures et du personnel.
Dans les provinces, plusieurs rapports d’organisations internationales comme l’UNICEF et l’UNESCO soulignent également les difficultés d’accès à l’éducation dans les zones affectées par l’insécurité ou l’enclavement, où les enseignants travaillent souvent dans des conditions minimales, parfois sans matériel pédagogique de base.
Pour autant, le métier conserve une forte dimension sociale et symbolique. Les enseignants restent au cœur de la transformation du pays, porteurs d’un rôle essentiel dans la formation du capital humain. Le gouvernement insiste d’ailleurs sur la nécessité de renforcer leur statut, notamment à travers la formation continue, la digitalisation progressive du système éducatif et l’amélioration de la gouvernance du secteur.
En cette journée du 30 avril, la RDC rend hommage à ses enseignants, mais elle est aussi confrontée à l’équation centrale sur comment transformer la reconnaissance en conditions de travail dignes et durables ? La réponse à cette question conditionnera en grande partie l’avenir du système éducatif et, au-delà, celui du développement national.
Lydia Mangala


