La deuxième journée du segment politique de haut niveau consacré au financement durable de l’éducation en République démocratique du Congo a été marquée par des échanges stratégiques autour de l’alignement des investissements et de la mobilisation de ressources innovantes. Experts nationaux et internationaux, représentants du gouvernement, du secteur privé et partenaires techniques ont convergé vers une meilleure coordination des financements pour accélérer la transformation du système éducatif congolais.
Un premier panel axé sur l’alignement des investissements

Le premier panel, consacré à l’alignement des investissements dans le secteur éducatif, a mis en lumière le rôle stratégique du secteur privé.
Ambroise Tshiyoyo, vice-président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), a souligné l’importance de l’implication des entreprises dans le développement éducatif.

« L’éducation est une affaire de tous. Elle constitue un levier stratégique d’investissement pour le développement de notre pays », a-t-il déclaré, plaidant pour un recours accru aux partenariats public-privé (PPP) ainsi qu’à la responsabilité sociétale des entreprises.

De son côté, Jennifer Hofmann, responsable pays du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), a détaillé les mécanismes d’appui de son institution.
« Nous travaillons à aligner les financements sur les priorités nationales, notamment à travers la cartographie des opportunités d’investissement et l’appui aux réformes du secteur éducatif », a-t-elle expliqué, réaffirmant l’engagement du GPE à accompagner durablement le gouvernement congolais.

Intervenant également dans ce panel, Jessica Véronique Webe, directrice exécutive du UN Global Compact RDC, a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre acteurs publics et privés.
« La transformation du système éducatif passe par une volonté commune et un partenariat renforcé entre toutes les parties prenantes », a-t-elle souligné, appelant à une meilleure communication sur les progrès réalisés dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD).

Les échanges ont ainsi mis en évidence le consensus selon lequel renforcer la collaboration pour mobiliser des investissements plus cohérents, mieux ciblés et plus efficaces.
Un plaidoyer pour un financement plus intelligent
Dans son intervention, Jessica Véronique Webe a approfondi la réflexion sur les mécanismes de financement de l’éducation en RDC, rappelant que le défi dépasse désormais la seule question de l’accès.
« Il ne s’agit pas nécessairement de financer davantage, mais de financer mieux, de manière plus intelligente et plus efficace », a-t-elle affirmé.

En présence de la Ministre de l’Education Nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, elle a identifié trois leviers essentiels entre autres consolider le budget public comme socle, mieux aligner les interventions pour éviter la dispersion des efforts, et améliorer l’exécution des politiques éducatives.
Parmi les pistes proposées figurent le renforcement du leadership national, l’élaboration d’un plan de financement structuré, la diversification des sources de financement et une coordination sectorielle accrue.
Elle a également recommandé la mise en place d’un pacte de partenariat clair entre l’État, le secteur privé et les partenaires techniques, avec des engagements mesurables et une gouvernance transparente.
« Investir dans le capital humain, c’est investir dans la croissance et le développement du pays », a-t-elle conclu.
Combler le déficit de financement : cap sur des mécanismes innovants
Le deuxième panel, consacré aux stratégies pour combler le déficit de financement du secteur éducatif, a mis l’accent sur la nécessité de recourir à des mécanismes innovants et à une meilleure mobilisation des ressources internes.
Le directeur général du Fonds de promotion pour l’éducation et la formation (FPEF), Guy Lombela, a insisté sur l’urgence de mettre en place des dispositifs efficaces de mobilisation des fonds.
« Nous devons développer des mécanismes capables de répondre rapidement aux besoins du système éducatif, y compris en situation d’urgence », a-t-il indiqué.

Pour sa part, Jacques Tshimbalanga, coordonnateur de la Coalition nationale de l’éducation pour tous (CONEPT RDC), a plaidé pour des réformes fiscales structurantes.
« L’élargissement de l’assiette fiscale, notamment par l’intégration du secteur informel, ainsi qu’une meilleure gestion des exonérations peuvent générer des ressources importantes pour l’éducation », a-t-il soutenu. Il a également suggéré d’affecter une partie des revenus issus des ressources naturelles à ce secteur.

Serge Nawey, représentant du Réseau Makutano, a quant à lui mis en avant l’attractivité croissante de la RDC pour les investisseurs.
« La RDC attire de plus en plus d’investissements, mais nous devons améliorer la communication et la coordination pour maximiser leur impact dans l’éducation », a-t-il affirmé.
Une vision globale du financement durable
Intervenant à distance, Raphaëlle Martinez, cheffe économiste du GPE, a dressé un panorama des enjeux du financement durable de l’éducation à l’échelle internationale. Elle a notamment évoqué les contraintes budgétaires, la faible priorisation de l’éducation dans certains budgets publics et l’efficacité encore limitée de certaines dépenses.
« Il est essentiel d’élargir l’espace fiscal et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique pour obtenir de meilleurs résultats éducatifs », a-t-elle recommandé, en faisant référence au contexte spécifique de la RDC.

En clôture de cette deuxième journée, Mabiala Ma Umba a présenté une synthèse des travaux, mettant en lumière les principales avancées ainsi que les pistes d’action dégagées au fil des échanges.
Les participants ont unanimement reconnu l’urgence d’une action concertée pour garantir un financement durable, inclusif et efficace du système éducatif congolais.
Notons que ces assises se poursuivent jusqu’au jeudi 30 avril 2026, avec une dernière journée consacrée à la consolidation des engagements et aux perspectives d’action.
Ben Mandjolo


