À Kinshasa, l’alerte est prise très au sérieux. Une boisson populaire, consommée par de nombreux jeunes et vendue comme un simple énergisant, vient d’être brutalement retirée du marché. La raison est qu’il y’a eu la découverte d’une substance pharmaceutique non autorisée et potentiellement mortelle dans sa composition.
Dans un communiqué officiel, la Commission de la Concurrence (COMCO), en collaboration avec l’Autorité Congolaise de Réglementation Pharmaceutique (ACOREP), a annoncé la fermeture immédiate de l’usine Revin SARL, située dans la commune de Limete. Cette décision fait suite à des analyses ayant révélé la présence de Sildénafil, une molécule utilisée dans certains traitements médicaux, introduite clandestinement dans la boisson « Power Plus », commercialisée sous le nom de « Mutu Rouge », sans aucune mention sur l’étiquetage et à des doses jugées toxiques.
Les autorités ne mâchent pas leurs mots face à la gravité de la situation.

« Ce produit expose les consommateurs à de graves risques pour la santé, notamment des troubles cardiaques pouvant entraîner la mort », prévient la COMCO, une mise en garde qui souligne l’ampleur du danger pour une population largement exposée à ce produit.
Dans la foulée, un appel urgent a été lancé à la population pour cesser immédiatement toute consommation de cette boisson et signaler tout point de vente qui continuerait à la distribuer. Pour les autorités, il ne s’agit pas seulement d’une mesure préventive, mais d’une question de santé publique majeure.
Le but est de renforcer la protection des consommateurs, sous l’impulsion du Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. La COMCO rappelle d’ailleurs que sa mission est de lutter contre les pratiques commerciales frauduleuses et de garantir la sécurité des produits mis sur le marché.
Sur le terrain, cette décision est aussi perçue comme l’aboutissement d’un travail d’alerte mené par la société civile. Le Mouvement National des Consommateurs Lésés (MNCL) affirme avoir été saisi par plusieurs consommateurs dénonçant des effets secondaires inquiétants entre autres maux de tête persistants, vertiges, troubles digestifs, des signaux faibles qui ont conduit à des analyses plus approfondies, aujourd’hui confirmées par les autorités.
Au-delà de l’interdiction, c’est toute une chaîne de responsabilités qui est désormais examinée.
« Une enquête judiciaire est en cours afin d’établir les responsabilités », précise le communiqué.
Les regards se tournent désormais vers les acteurs impliqués dans la production, la distribution et la commercialisation de ce produit.
Cette affaire soulève également la question du contrôle des produits alimentaires et pharmaceutiques sur le marché congolais. Le fait qu’une substance active ait pu être introduite sans mention ni contrôle préalable met en lumière des failles dans la régulation, mais aussi l’urgence de renforcer les mécanismes de surveillance.
En attendant les conclusions de l’enquête, il est clair que la santé publique n’est pas négociable. Derrière cette décision, les autorités ont une tolérance zéro face aux produits dangereux et aux pratiques mettant en péril la vie des citoyens.
La disparition soudaine du « Mutu Rouge » laisse ainsi place à une prise de conscience collective que derrière certaines consommations anodines peuvent se cacher des risques bien réels.

Lydia Mangala


