Elles étaient 724 à postuler. Seules 16 avaient été retenues pour cette première édition du concours national Éloquence au féminin, la voix souveraine. Après plusieurs jours de formation, d’incubation et de coaching intensif au Cercle 360, l’heure de vérité avait enfin sonné.
Le lundi 6 avril, au Showbuzz de Kinshasa, les candidates se sont affrontées lors d’un prime décisif, dans une atmosphère à la fois électrique, solennelle et profondément habitée par l’enjeu. Sur scène, il ne s’agissait plus seulement de parler, mais de convaincre, de toucher et d’exister par la puissance des mots.
Huit duels oratoires se sont enchaînés, donnant lieu à huit instants de tension pure, où chaque regard, chaque silence et chaque argument pouvaient faire basculer un destin.

Placée sous le haut patronage de la Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, cette édition a mis en lumière une jeunesse féminine engagée, déterminée à faire entendre sa voix sur les grandes questions de société.
La soirée s’était ouverte sur une performance saisissante de l’artiste slameuse Do Nsoseme. À travers « Pourquoi j’écris », « Le mot de la vie » et « Le bonheur », elle avait installé une ambiance introspective, préparant le public à une soirée où les mots allaient résonner bien au-delà de la scène.

Puis, les prises de parole institutionnelles ont donné le ton. Sabrina Okodi, coordonnatrice du programme Éloquence 360, s’est adressée aux candidates avec une intensité mêlée de bienveillance et d’exigence.
« Quel que soit le résultat de cette soirée, vous avez déjà gagné. Vous avez gagné la capacité de parler en public. Vous avez gagné des sœurs d’armes. Ce soir, le prime va trancher. Nous ne voulons pas des perdantes, nous voulons des femmes debout », a-t-elle déclaré.

Invitée d’honneur de la soirée, Christina Tshisekedi, vice-présidente de la Fondation LONA et secrétaire particulière du Chef de l’État, a imprimé d’emblée une profondeur particulière à l’événement.
« Vous êtes ici pour porter une parole juste, qui élève, qui rassemble, qui transforme. La plus grande force d’une parole réside dans sa capacité à réparer. Avec des mots, on peut briser, avec des mots, on peut réparer », a-t-elle affirmé.

« Dites-vous que votre voix a du sens, du poids. Votre voix compte. Car la voix souveraine ne demande pas la permission. Elle s’exprime et elle ne sera plus ignorée », a-t-elle ajouté.

Les duels ont alors commencé. Chaque passage était comme un exercice d’équilibre entre émotion et rigueur. En cinq minutes, il fallait convaincre. En une minute supplémentaire, répondre avec justesse aux questions du jury.

Rody Zola, initiateur du programme Éloquence 360, a rappelé les règles avec clarté et fermeté.
« Seize candidates, huit duels et seulement six places pour la finale. Quatre critères seront évalués : la gestion du temps, la maîtrise du sujet, la présence scénique et la qualité de l’argumentation. Celles qui obtiendront au moins 8 seront qualifiées », avait-il précisé.

À ses côtés, un jury d’exception présidé par Tina Salama, entourée de Tracy Ntumba et Patricia Nzinga.
Prenant la parole, la présidente du jury avait fixé le cap avec précision.
« C’est l’occasion pour chacune de vous de faire entendre sa voix et de convaincre par la force de son argumentation. Nous attendons des propos clairs et cohérents. Ce soir, saisissez l’opportunité de révéler votre talent et votre engagement. Entrez pleinement dans ce débat », a-t-elle insisté.

Les confrontations se sont ensuite succédé avec intensité.
Mamie Séphora Masele Kangombe a ouvert le bal en défendant la possibilité de concilier famille et carrière, face à Immaculée Mwange, qui en a souligné les limites dans une opposition argumentée.
Elvie Françoise Basosila et Joviale Monga se sont ensuite affrontées sur une question sensible : peut-on aimer son pays sans aimer ses dirigeants ? Un duel marqué par des prises de position tranchées.
Sharon Sikujuwa et Délices Kanda ont croisé leurs arguments autour du lien entre développement et égalité, chacune portant une lecture différente des priorités.
Harlène Cibuaya et Ingrid Wimba ont livré un échange à la fois personnel et universel sur la cohabitation entre ambition et amour.
Allegra Lamiel Nyota et Keren Kangudia ont abordé avec courage la question du dépistage avant l’amour, dans un débat aussi délicat que nécessaire.
Cécile Musuamba et Daniella Tamasha ont confronté leurs visions du rôle de l’école, entre formation du citoyen et production de diplômés.
Fanny Bahindwa et Yasmine Mipukusu ont porté une réflexion forte sur le poids du succès chez la femme, révélant des réalités sociales profondes.
Enfin, Victoria Ekoko Milambo et Henriette Mbula ont clôturé les duels sur la question de la protection des femmes par la loi, dans un échange intense mêlant lucidité et espoir.

Entre les confrontations, l’animation assurée par Mi Rossyl et Antha Mutamba apportait des respirations, maintenant l’énergie et accompagnant le public dans cette montée progressive vers le verdict.

Puis est venu le moment tant redouté : l’annonce des résultats. Les regards se sont figés, les mains se sont serrées, les respirations se sont faites plus courtes.

Six noms ont été appelés : Daniella Tamasha, Henriette Mbula, Fanny Bahindwa, Ingrid Wimba, Joviale Monga et Victoria Ekoko Milambo.

Mais la soirée n’avait pas encore livré tous ses rebondissements. Dans un dernier instant, la présidente du jury a annoncé le repêchage de deux candidates supplémentaires : Cécile Musuamba et Elvie Françoise Basosila.
Elles seront finalement huit à disputer la grande finale prévue ce samedi 11 avril.
La soirée s’est refermée comme elle s’était ouverte, en poésie. Do Nsoseme est revenue sur scène pour la clôture.

Au-delà des résultats, il est évident que des voix se sont levées. Et désormais, elles comptent et ne se tairont plus
Lydia Mangala


